Ce qui s'est passé le 10 et le 16 septembre
Deux décisions de politique monétaire, à une semaine d'intervalle, ont marqué un tournant après plusieurs années de cycle baissier :
La BCE a relevé ses trois taux directeurs de 0,25 point, portant le taux de dépôt à 2,50% — sa deuxième hausse de l'année après celle de juin, motivée par la remontée des prix du pétrole et du gaz. Six jours plus tard, la Fed a suivi avec sa première hausse depuis 2023, à 3,75-4%, invoquant elle aussi une inflation qui « reste élevée ».
La BNS, elle, a laissé son taux directeur inchangé à 0,00% lors de ses deux dernières évaluations (mars et juin 2026). Pour la prochaine, le 24 septembre, le consensus des économistes penche très largement vers un nouveau statu quo — mais ce n'est ni acquis, ni garanti : la politique monétaire n'est jamais une certitude, seulement une probabilité.
Pourquoi la BNS ne devrait pas suivre
Ce n'est pas de l'attentisme : la situation économique suisse est structurellement différente de celle de la zone euro et des États-Unis, sur trois plans précis.
- 1. Un écart d'inflation net. L'inflation suisse s'établissait à 0,8% en août 2026, contre 3,3% dans la zone euro selon Eurostat — un écart de plus de 4 fois. Relever un taux directeur sert avant tout à freiner une inflation trop forte ; ce levier n'a simplement pas de raison d'être activé quand l'inflation est déjà proche de la cible.
- 2. Le franc, déjà une valeur refuge. Le franc suisse fonctionne structurellement comme une monnaie « refuge » recherchée en période d'incertitude — au point d'être régulièrement utilisée comme devise de financement dans les stratégies de carry trade internationales. Un écart de taux qui se creuse encore avec l'euro et le dollar rend le franc plus attractif et tend à l'apprécier davantage, ce qui pénalise directement les exportateurs suisses et importe, de fait, un peu de déflation par les prix à l'importation. La BNS a donc structurellement moins intérêt à suivre des hausses étrangères que l'inverse.
- 3. Des finances fédérales sans dérapage à corriger. Une partie des pressions inflationnistes actuelles aux États-Unis et en zone euro trouve son origine dans des déficits budgétaires importants, que la politique monétaire doit compenser. La Suisse, elle, est encadrée depuis 2003 par le frein à l'endettement (art. 126 Cst.), qui impose l'équilibre des comptes fédéraux sur un cycle économique — un mécanisme qui a permis de réduire la dette de la Confédération d'environ 27 milliards de francs entre 2003 et 2019. Moins de dérapage budgétaire à financer, moins de pression inflationniste à corriger par les taux.
Ce que ça change concrètement pour votre hypothèque
Ce maintien à taux zéro se répercute directement sur le marché hypothécaire suisse — mais pas forcément comme on l'imagine.
- Le taux fixe reste attractif. Sur une durée de 10 ans, les taux fixes se négocient aujourd'hui autour de 1,6% (SARON à 0,9%) selon les comparateurs de marché — un niveau historiquement bas, porté justement par le statu quo de la BNS.
- L'écart fixe/SARON s'est resserré. Le SARON reste en général moins cher, mais la prime de sécurité du taux fixe a nettement diminué en 2026 : verrouiller un taux sur 10 ans coûte aujourd'hui relativement moins cher qu'il y a deux ou trois ans.
- Le scénario central reste au statu quo, sans certitude. Tant que l'écart d'inflation avec la zone euro reste aussi marqué, la BNS a structurellement peu de raison de changer de politique. Mais certains analystes (Vontobel notamment) évoquent déjà un possible resserrement en fin d'année — la fenêtre actuelle sur les taux longs n'est donc favorable que tant que ce consensus tient, pas indéfiniment.
Et côté épargne ?
L'autre face de la médaille : avec un taux directeur à 0,00%, la plupart des comptes d'épargne suisses rapportent aujourd'hui un intérêt proche de zéro. Or l'inflation, même modérée à 0,8%, continue de grignoter le pouvoir d'achat de cet argent qui dort. Concrètement, deux échéances méritent d'être surveillées en parallèle : celle de votre hypothèque (le moment où renégocier ou refinancer devient pertinent), et celle de vos liquidités (le moment où les laisser dormir commence à coûter plus cher que de les mobiliser).
Questions fréquentes
Pourquoi la BNS ne suit-elle pas la BCE et la Fed ?
Parce que l'inflation suisse (0,8%) est très inférieure à celle de la zone euro (3,3%), que le franc est déjà une devise recherchée qu'une hausse renforcerait encore au détriment des exportateurs, et que le frein à l'endettement limite la pression budgétaire que la BCE et la Fed doivent, elles, compenser par leur politique monétaire.
Quand la BNS va-t-elle décider de son prochain taux directeur ?
Sa prochaine évaluation de politique monétaire est prévue le 24 septembre 2026. Un sondage Reuters mené du 17 au 22 septembre auprès de 41 économistes donne un maintien à 0,00% pour 40 d'entre eux — un consensus fort (environ 97% de probabilité selon les marchés), mais qui reste un pronostic, jamais une garantie.
Le taux fixe est-il plus avantageux que le SARON en ce moment ?
L'écart entre les deux s'est nettement resserré : un taux fixe à 10 ans avoisine 1,6% contre 0,9% pour le SARON, ce qui rend la sécurité budgétaire relativement moins coûteuse qu'auparavant. Le meilleur choix reste néanmoins propre à chaque profil et chaque horizon de projet.
Un taux BNS à 0% signifie-t-il que l'épargne ne rapporte rien ?
Dans la grande majorité des cas, oui — les comptes d'épargne suisses rapportent aujourd'hui un intérêt proche de zéro. Avec une inflation de 0,8%, les liquidités qui dorment perdent donc progressivement du pouvoir d'achat.
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Commencer ma simulation →Cet article est fourni à titre informatif, à partir de données publiques disponibles au 18 septembre 2026, et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les taux et décisions de politique monétaire évoluent ; contactez un conseiller pour une analyse adaptée à votre situation.
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